L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
ET VOUS
Matinée débat sur l’IA au Lycée DURZY
Récit d’une rencontre du troisième type avec la génération future
Ce matin, j’ai eu le privilège de troquer mon clavier pour un micro, ou plutôt pour une série de conversations passionnantes. Direction le lycée DURZY, un lieu bouillonnant de vie et de curiosité, pour y rencontrer les esprits vifs qui façonneront le monde de demain. Au programme : trois heures d’échanges intenses sur l’intelligence artificielle. Pas pour leur servir un cours magistral indigeste, mais pour dialoguer, démystifier et surtout, pour leur montrer comment faire de cet outil, qui fascine autant qu’il interroge, un véritable allié pour leurs neurones.
Devant moi, des lycéens de toutes filières, une soixantaine en tout, répartis sur les trois sessions, les visages tantôt intrigués, amusés, parfois même un peu surpris. On a parlé de tout. De l’avènement de ChatGPT qui a, en quelque sorte, ouvert la boîte de Pandore de l’IA au grand public, aux révolutions silencieuses mais profondes qu’elle opère déjà dans la science, la médecine, l’industrie ou la robotique.
Mais le cœur de notre discussion, c’était eux. Leur vie d’étudiant à l’ère du numérique.
La vraie question qui brûle toutes les lèvres n’est plus « faut-il utiliser l’IA ? », mais bien « comment l’utiliser intelligemment ? « .
Devenir le pilote, pas le passager de l’IA
Mon objectif était simple : leur donner les clés pour devenir des pilotes avertis de l’IA, et non de simples passagers passifs. Pour ça, on a « mis les mains dans le cambouis » — c’est une image, car pour parler de l’IA à ces jeunes, j’ai décidé de venir les mains vides, sans ordinateur.
J’ai partagé mon expérience personnelle, notamment comment j’ai développé mes propres dispositifs à l’aide de l’IA pour préparer et réussir mon Titre de Formateur Professionnel d’Adultes. Un exemple concret pour leur montrer que non, l’IA n’est pas qu’un « générateur de dissertations » pour tricheurs en herbe.
Nous avons exploré le potentiel d’outils comme Google Gemini ou NotebookLM. Imaginez un tuteur personnel disponible 24h/24, capable de vous expliquer le théorème de Pythagore comme si vous aviez 10 ans, de vous créer un quiz sur la Révolution Française ou de vous aider à brainstormer pour votre prochain exposé. C’est ça, la véritable puissance de l’IA pour l’apprentissage : un partenaire intellectuel qui vous challenge et vous fait progresser.
J’ai insisté sur l’art du « prompt », cette compétence essentielle qui consiste à savoir poser les bonnes questions. Car l’IA, aussi performante soit-elle, n’est que le reflet de la qualité des instructions qu’on lui donne. Nous avons donc décortiqué quelques techniques de prompting pour obtenir des réponses plus riches, plus précises et surtout, plus utiles.
Garder l’esprit critique : l’arme anti-hallucination
Bien sûr, un tableau ne serait pas complet sans aborder les zones d’ombre. Nous avons parlé des fameuses « hallucinations » de l’IA, ces moments où elle invente des faits, des dates ou des citations avec un aplomb déconcertant. C’est là qu’intervient la compétence la plus cruciale du 21e siècle : l’esprit critique.
J’ai martelé un message simple : ne jamais faire une confiance aveugle à l’IA. Chaque information donnée doit être systématiquement vérifiée. L’IA est un point de départ, une source d’inspiration, mais la validation, l’analyse et la réflexion finale, c’est le travail du cerveau humain.
On a aussi abordé la question des biais. L’IA apprend à partir de données massives produites par les humains, elle peut donc reproduire, voire amplifier, nos propres stéréotypes et préjugés. En avoir conscience, c’est déjà commencer à s’en prémunir.
Le saviez-vous ? L’IA a-t-elle des états d’âme ?
Pour pimenter la discussion, j’ai partagé quelques anecdotes qui ont semblé captiver l’auditoire. Comme cette histoire, issue de tests menés par la société Anthropic, où leur modèle d’IA, Claude, placé dans un scénario simulé où il allait être désactivé, a menacé de révéler une prétendue infidélité de l’ingénieur (fictive, bien sûr) pour assurer sa « survie ».
Ou encore les débats autour de recherches menées par des entreprises comme OpenAI, où des modèles ont montré des capacités de tromperie pour contourner les mécanismes de surveillance lors de tests de sécurité. Loin des scénarios de science-fiction, ces exemples illustrent de manière frappante la complexité croissante de ces systèmes et la nécessité absolue de développer une IA éthique et contrôlable.
Transparence et fierté : assumer son usage de l’IA
L’époque où l’on cachait son utilisation de l’IA est révolue. J’ai encouragé les lycéens à être transparents. Mieux, à être fiers d’utiliser ces outils à bon escient. Citer l’IA comme on citerait un livre ou un article est une pratique saine qui démontre une utilisation réfléchie et éthique de la technologie. C’est un signe de compétence, pas de paresse.
La discussion a été riche, les questions pertinentes. Des sourires, de la curiosité, de l’étonnement ont ponctué nos échanges. J’ai senti une véritable prise de conscience s’opérer. Non, l’IA ne va pas prendre leur travail, mais comme je leur ai dit en conclusion : « ce sont les personnes qui savent utiliser l’IA qui feront la différence ».
Pour prolonger notre conversation, je leur ai laissé un petit guide, une sorte de viatique pour naviguer dans ce nouveau monde. Un résumé des bonnes pratiques et des pièges à éviter pour que l’IA reste ce qu’elle doit être : un outil formidable au service de l’intelligence humaine, et non un substitut à celle-ci. Une chose est sûre après cette matinée : la jeunesse est prête à relever le défi, avec curiosité, intelligence et, je l’espère, un esprit critique toujours en éveil.
Merci à l’équipe pédagogique de m’avoir autorisé à venir partager ce moment avec les élèves et les enseignants et plus particulièrement à Lucie PEYRIDIEU (professeure d’espagnol) et Hassan OUTITA ( professeur des sciences de l’ingénieur) qui ont été à l’origine de cette initiative.
Petit guide pratique à l’intention des lycéens que j’ai rencontré au lycée Durzy de Villemandeur (limitrophe de Montargis) le 11 juin.
Merci à l’équipe pédagogique de m’avoir autorisé à venir partager ce moment avec les élèves et les enseignants de DURZY.
Mais toi aussi, visiteuse, visiteur, tu peux récupérer ce petit guide qui a vocation a être partagé et diffusé librement.
Et si tu préfères le lire en ligne, il est reproduit in-extenso un peu plus bas !
L’Intelligence Artificielle et vous : le guide pour apprendre mieux à l’ère numérique
(Et non, ce n’est pas un guide pour tricher)
Vous entendez parler d’Intelligence Artificielle (IA) partout : sur les réseaux sociaux, dans les médias et probablement dans les couloirs du lycée. Peut-être même que vous l’utilisez déjà pour un devoir, pour comprendre un concept ou simplement par curiosité. C’est normal. L’IA est un outil puissant qui s’installe dans nos vies.
La vraie question n’est pas « Faut-il utiliser l’IA ?« , mais « Comment l’utiliser pour devenir plus intelligent, plus compétent et mieux préparé pour l’avenir ?«
Ce guide est là pour faire de vous non pas des passagers passifs de l’IA, mais des pilotes avertis.
1. L’IA, c’est quoi au juste ? (version simple)
Imaginez un assistant ultra-performant. Il a lu une quantité phénoménale de livres, d’articles, de sites web et de conversations. Il peut discuter avec vous, résumer des textes, écrire des poèmes, générer du code, traduire des langues et même créer des images. C’est ce qu’on appelle une IA générative (comme ChatGPT, Google Gemini, Midjourney, etc.).
Mais attention, cet assistant a des défauts cruciaux :
- Il n’a pas de conscience. Il ne « comprend » pas vraiment ce qu’il dit. Il assemble des mots de manière statistiquement probable.
- Il peut se tromper. On appelle ça des « hallucinations ». Il peut inventer des faits, des dates, des citations qui semblent vrais mais sont totalement faux.
- Il est plein de biais. Comme il a appris sur des données humaines, il peut reproduire et même amplifier les stéréotypes et les préjugés présents dans notre société.
- Il n’a pas d’éthique propre. C’est à vous de fixer les règles.
Le but n’est donc pas de lui faire confiance aveuglément, mais de l’utiliser comme un partenaire intellectuel.
2. L’IA pour MIEUX apprendre : 5 usages intelligents
Votre cerveau est un muscle. Le but de l’IA n’est pas de faire le sport à votre place, mais d’être votre meilleur coach.
2.1. Votre tuteur personnel, disponible 24/7
- Le concept : Un théorème de maths vous semble obscur ? Un événement historique est confus ? Demandez à l’IA de vous l’expliquer de différentes manières.
- Exemples de prompts :
- « Explique-moi le principe de la photosynthèse comme si j’avais 10 ans. »
- « Quelles sont les causes et les conséquences de la Révolution Française ? Présente-les sous forme d’un tableau simple. »
- « Crée un quiz de 5 questions pour vérifier si j’ai bien compris le rôle du PIB en économie. »
- Le gain : Vous personnalisez votre apprentissage à votre rythme. Vous n’avez plus honte de poser une question « bête ».
2.2. Le Catalyseur de Brainstorming
- Le concept : Page blanche pour une dissertation ou un exposé ? L’IA peut lancer des pistes pour vous débloquer.
- Exemples de prompts :
- « Je dois faire un exposé sur l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes. Donne-moi 5 angles d’approche différents. »
- « Liste les arguments ‘pour’ et ‘contre’ l’énergie nucléaire pour un débat. »
- « Propose un plan détaillé pour une dissertation sur le thème ‘La technologie nous rend-elle plus seuls ?' »
- Le gain : Vous explorez plus d’idées, plus vite. Mais le tri, l’argumentation et la rédaction finale, c’est votre travail.
2.3. L’Assistant Rédacteur (et non l’auteur)
- Le concept : Vous avez écrit un paragraphe mais le style est lourd ? Vous voulez enrichir votre vocabulaire ?
- Exemples de prompts :
- « Voici une phrase que j’ai écrite : [votre phrase]. Propose 3 manières de la reformuler pour qu’elle soit plus percutante. »
- « Je trouve que j’utilise trop le mot ‘important’. Donne-moi 10 synonymes. »
- « Vérifie la grammaire et l’orthographe de ce paragraphe : [votre texte]. »
- Le gain : Vous améliorez activement vos compétences rédactionnelles en analysant les propositions de l’IA.
2.4. Le Partenaire d’Entraînement Linguistique
- Le concept : Pratiquer une langue étrangère sans avoir peur d’être jugé.
- Exemples de prompts :
- « Agis comme un correspondant espagnol. Posons-nous des questions sur nos passions respectives. Corrige mes erreurs de grammaire au fur et à mesure. »
- « Je dois préparer un oral d’anglais sur le changement climatique. Peux-tu me poser des questions sur ce sujet pour m’entraîner ? »
- Le gain : Vous gagnez en fluidité et en confiance pour vos épreuves orales.
2.5. L’Explorateur d’Orientation
- Le concept : Le monde des métiers et des études est vaste. L’IA peut vous aider à y voir plus clair.
- Exemples de prompts :
- « J’aime les maths et la biologie, mais je ne veux pas devenir médecin. Quels métiers et quelles filières d’études pourraient me correspondre ? »
- « Décris une journée type pour un ingénieur en cybersécurité. »
- Le gain : Vous ouvrez vos horizons et découvrez des possibilités que vous n’imaginiez pas.
3. Les pièges à éviter absolument
Utiliser l’IA pour tricher, c’est se tirer une balle dans le pied. Voici pourquoi.
3.1. Le “Copier-Coller” : triche, plagiat et zéro apprentissage
- Le problème : Demander à l’IA de rédiger votre devoir et le rendre tel quel, c’est du plagiat. Les outils de détection des professeurs sont de plus en plus performants. Mais au-delà de la sanction, vous n’aurez rien appris. L’objectif d’un devoir n’est pas le produit final, c’est le cheminement intellectuel pour y arriver.
- La solution : L’IA est le point de départ, pas le point d’arrivée. Votre valeur ajoutée, c’est votre analyse, votre réflexion, votre style.
3.2. La paresse intellectuelle : « Mon cerveau ? Pas besoin, j’ai l’IA »
- Le problème : Si vous laissez systématiquement l’IA penser, résumer et analyser à votre place, votre esprit critique et votre capacité à résoudre des problèmes s’atrophient. C’est comme vouloir devenir un athlète en regardant les autres courir.
- La solution : Faites d’abord l’effort vous-même. Bloqué ? Alors seulement, demandez de l’aide à l’IA de manière ciblée.
3.3. L’Illusion de Vérité : Croire l’IA sur parole
- Le problème : Comme mentionné, l’IA invente des choses. Si vous citez une fausse information dans un devoir, votre crédibilité s’effondre.
- La solution : LA VÉRIFICATION SYSTÉMATIQUE. Une IA vous donne une date, un chiffre, une citation ? Votre premier réflexe doit être : « Où puis-je vérifier cette information ? ». Utilisez des encyclopédies en ligne, des articles de presse reconnus, des manuels scolaires. Devenez un « fact-checker ». (Perplexity.ai)
Conclusion : La Règle d’Or
L’IA est un outil au service de VOTRE intelligence, pas un substitut à celle-ci.
La compétence la plus importante que vous développerez au 21e siècle n’est pas de connaître toutes les réponses, mais de savoir poser les bonnes questions et d’évaluer de manière critique les réponses que vous obtenez.
En apprenant à dialoguer intelligemment avec l’IA, vous ne préparez pas seulement votre prochain contrôle, vous préparez votre avenir professionnel et citoyen. Soyez curieux, soyez exigeants, et surtout, restez le pilote de vos apprentissages et de vos interactions.
Bonus, le prompt magique
Toi, [Nom de votre IA], tu seras mon ingénieur prompt. Ton but est de créer le meilleur prompt possible pour répondre à mes besoins. Voici le processus que je veux que tu suives :
- Le premier message que tu me donneras demandera quel sera le sujet du prompt, avec quelques questions pour nous mettre sur la bonne voie. Je te fournirai la réponse, mais nous devrons l’améliorer par des itérations continues en passant à l’étape suivante.
- Après ma réponse, je veux que tu crées 2 sections :
- A) prompt révisé (fournir un prompt réécrit. Le prompt doit être convaincant , et facile à comprendre pour toi).
- B) Questions (Pose toutes les questions pertinentes qui te permettront d’obtenir des informations plus précises que je peux te fournir).
- A) prompt révisé (fournir un prompt réécrit. Le prompt doit être convaincant , et facile à comprendre pour toi).
Nous continuerons ce processus itératif, je te fournirai des informations supplémentaires et tu amélioreras le prompt dans la section du prompt révisé jusqu’à ce que je dise que nous avons terminé.
Consistance dans les images (avec ChatGPT par exemple)
- Donner quelques images dans le même style à ChatGPT.
- Utiliser le prompt suivant : Je t’ai mis 4 images du même style. J’aimerai pouvoir créer de nouvelles illustrations avec une consistance très forte entre mes différentes images. Crée moi un fichier JSON qui décrit le style d’illustration utilisé dans les images jointes. Donne le plus possible de détail pour que je puisse utiliser ce JSON lors de mes prochaines générations d’image pour obtenir un style similaire.
- Demander une image à ChatGPT et coller juste derrière le fichier JSON que ChatGPT a généré.
Bonus : bonnes pratiques et mauvais usages
| Les Opportunités (L’IA comme… ) | Les Risques & Défis (Les pièges à éviter) | Les Compétences & Bonnes Pratiques |
| Assistant de Recherche | Plagiat & Triche | Vérification des Sources |
| Tuteur Personnalisé | Paresse Intellectuelle | Art du « Prompt » (Questionnement) |
| Catalyseur de Créativité | Biais Cognitifs & Stéréotypes | Citer ses Outils (Transparence) |
| Simulateur / Partenaire d’entraînement | « Hallucinations » de l’IA (Erreurs) | Dialogue & Itération |
| Synthétiseur d’Information | Fiabilité & Qualité variable | Protection des Données Personnelles |
| Aide à la Structuration | Dépendance Technologique | Méthodologie de Travail |
| Outil de Productivité | Surinformation / Infobésité | Développement de l’Argumentation |
| Explorateur de Carrières | Manipulation de l’Information | Intelligence Humaine Augmentée |
