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L’école de Grand-papa…

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  • Temps de lecture :15 min de lecture
  • Dernière modification de la publication :2 juillet 2023

Chalette-sur-Loing est une petite ville dans le Loiret, proche de Montargis. Si vous venez à vous y promener, vous pourrez y trouver une base de loisirs, une salle de spectacles, une ludothèque, un centre aquatique, une maison des arts, etc…

Mais si vous n’êtes pas attentif, vous risquez de passer à côté d’un endroit extraordinaire. Un endroit où le temps s’est arrêté quelque part entre le 19e et le 20e siècle. Un petit recoin tout emprunt de nostalgie où ça sent bon l’encre et la craie, où le délicieux parfum des manuels centenaires exhalent des senteurs propres aux vieux livres, subtil mélange entre vanille et amande. Cet endroit hors du temps, c’est le musée d’école Fernand-Bouttet.

On peut lire sur la page dédiée du site de Chalette-sur-Loing que :

« Le Musée d’Ecole est installé dans une salle de classe d’autrefois dans le plus ancien établissement scolaire du bourg de Chalette-sur-Loing (1876). Il reconstitue l’école primaire de 1850 à 1950. »

Préparez vous à une immersion immédiate dès que vous aurez franchi le seuil de cette petite école de village. Les pupitres, le vieux poêle qui trône au centre de la pièce, les cartes pédagogiques qui pendent aux murs, le tableau noir avec sa leçon de cartographie et le pupitre du maître, posé sur une estrade au bois grinçant.

Des encriers et des plumes « Sergent Major » sont posés sur les pupitres en bois, attendant qu’une main inexpérimentée, jeune ou vieille, viennent se frotter à l’art délicat de la calligraphie à la plume. Un texte au tableau attend sagement d’être recopié et si le cœur vous en dit, vous pourrez vous livrer à la réalisation de quelques lignes d’écriture « à l’ancienne »…

Sur l’un des murs, blouses et cartables sont pendus sous une gigantesque carte traitant des méfaits de l’alcool sur les organes humains. Ces gros cartables en cuir munis de ces fermetures métalliques si caractéristiques renferment de nombreux souvenirs, des cris et des pleurs, de la joie, celle d’apprendre. Oserez-vous en ouvrir un ?

Blouses et cartables

Juste à côté trône fièrement un magnifique bonnet d’âne, punition suprême qui venait sanctionner un résultat médiocre ou un comportement inadapté. Cet humiliant bonnet est venu remplacer les punitions corporelles infligées jusqu’en 1833, date à laquelle le bonnet fit son apparition. Il sera utilisé jusqu’en 1960, date à laquelle l’éducation nationale, sous la pression des parents, interdira son usage au profit de punitions et de travaux supplémentaires (sources Wikipedia).

Au centre de la pièce, plusieurs vitrines offrent aux regards curieux de nombreux objets qui suscitent curiosité et surprise : un projecteur à pétrole, plumes, porte-plumes et encriers, la petite gamelle métallique que les enfants réchauffaient au poêle, un boulier, un thermomètre à mercure (désormais vidé de sa substance toxique), compas en bois et antiques « bons-points » et le fameux taille crayon à manivelle !

Une vitrine pleine de trésors

D’ailleurs, ce dernier trône aussi fièrement sur le coin du bureau du professeur et on imagine sans peine le plaisir que prenaient les écoliers à venir tailler leur crayon dans cet outil « magique » que seul le maître d’école possédait. Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai connu ce taille crayon dans la vraie vie. C’était il n’y a pas si longtemps, et je me délectais de voir mon crayon de papier disparaitre dans l’appareil glouton au fur et à mesure que j’actionnais la manivelle. J’ai le souvenir des vibrations qu’occasionnait la lame de l’engin rotatif à mesure que j’y enfonçais mon malheureux crayon, bien taillé depuis belle lurette… Pourquoi diable un souvenir aussi « banal » provoque t-il chez moi une telle bouffée nostalgique ?

Avez-vous repéré le taille crayon ?

Près de la porte d’entrée de la salle de classe siège un piano. Qui sont ces élèves qui ont eu la chance d’avoir une maîtresse ou un maître à la fois enseignant et musicien ? Sur le piano, une mappemonde, et juste à côté, un tableau montrant le fonctionnement d’une écluse, une photo de classe datée de 1820 et un « Diplôme d’Instruction Primaire Élémentaire« .

Le piano, la mappemonde et le diplôme

Non loin de là, une armoire renferme un nombre important de livres et de manuels. Une petite affiche indique « Petits livres austères aux tout petits croquis noirs qu’on traitait avec tout le soin et le respect dus à toute la science et aux principes d’éducation qu’ils contenaient« . Car dans ces multiples ouvrages se cache l’étendue des savoirs de nos aïeux, ces mêmes savoirs qui transpirent lorsque nous interrogeons un ancien et que, passionnés par les histoires qu’il raconte, on prend la mesure de que qu’était pour nos anciens la valeur de l’éducation.

Un concentré de savoirs

Planisphères et carte de France permettent de poursuivre le voyage. Partout ou les yeux se posent, la connaissance est à portée. Cette salle tout entière continue à nous dire que son rôle est de transmettre le savoir, on la dirait presque vivante, animée, désireuse de reprendre du service et de voir à nouveau des pantalons venir user ses bancs tandis que les plumes frétillent dans les encriers dans l’attente d’une main pour s’en saisir…

Qu’à cela ne tienne ! Les plumes et les encriers sont là, des feuilles de papier attendent d’être noircies et l’ancienne maîtresse d’école retraitée qui assure la visite ce jour là nous invite à tenter l’exercice ! Une ardoise posée devant la fenêtre prodigue des conseils pour prendre la bonne position.

Pour une belle écriture, il faut une bonne posture !

Prendre place sur le pupitre est déjà un exploit ! Diable que c’est petit ! Ou alors c’est moi qui suis trop gros ! J’attrape la plume, la trempe dans l’encrier et démarre une compétition d’écriture avec ma fille qui partage avec moi cette inoubliable expérience.

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Écriture à la plume au musée d’école Fernand-Bouttet à Chalette-sur-Loing

La plume gratte, l’encre coule et rapidement, je prends la mesure de la souplesse de la pointe métallique et de la légère pression nécessaire pour transformer mon insipide trait en jolis pleins et déliés. Diable que c’est long ! Pour l’écriture comme pour de nombreuses autres choses, on redécouvre que pour faire du beau, il faut prendre son temps ! Pendant un petit quart d’heure, nous voila, père et fille, propulsé à une époque que j’ai à peine entrevue et que ma fille quant à elle ne peut qu’imaginer. Pour autant on sortira de cette expérience ravis et fiers de notre « belle » page d’écriture à la plume.

Bon, d’accord, il y a encore un peu de travail pour égaler les enfants de 1950 !

À la droite du tableau un petit meuble estampillé « Mobilier scolaire DELAGRAVE » renferme des timbales destinées à mesurer les liquides. une petite affiche nous informe que concernant les poids et les mesures, on comptait en arpent (42,21 ares), en setier (0,466 l) et en boisseau (13 litres environ). Un peu plus à droite et on arrive sur le boulier géant de la classe lequel présente également quelques exemplaires de sabots en bois…

Boulier et Sabots

Puis arrive une autre armoire.

Ce qu’il y a, à mon sens, de plus précieux dans ce petit musée, c’est sans conteste cette petite armoire posée dans un coin et qui recèle un immense trésor ! Des cahiers ! Par dizaines, peut-être par centaines, des cahiers d’enfants de l’époque, des cahiers de français, des cahiers de mathématiques, d’instruction civique et pour chacun d’entre-eux, un point commun qui saute au visage tout autant qu’il provoque l’étonnement et l’admiration : l’incroyable qualité graphique de l’écriture des écoliers de l’époque. Et si l’on en croit l’âge des élèves qui ont noircis ces pages, la calligraphie était apprise très tôt, et des enfants de « 10eme » possédaient une écriture à faire pâlir n’importe quel adulte ou écolier d’aujourd’hui !

Certains textes disposés sur les présentoirs précisent la fierté qu’avaient ces enfants à pratiquer l’art de la belle écriture :

On quittait l’école avec une belle écriture, on avait pratiqué la cursive, la ronde, la bâtarde et les deux gothiques.

J. Cressot — Le pain au lièvre

Il n’y a guère d’autre mot que « beau » pour qualifier ces pages, que dis-je, on pourrait les hisser au rang d’œuvres d’Art tellement les calligraphies sont soignées.

Le cahier du professeur

Celle du professeur bien sûr, qui montre une véritable maîtrise des arts calligraphiques, mais celle des élèves également qui témoigne du soin qui était apporté à l’écriture (un apprentissage du beau et du soigné qui devait inévitablement se répercuter sur d’autres aspects de l’éducation).

Quel talent, quelle belle calligraphie ! Ce garçon avait 12 ans !

Que les pleins et déliés s’enchainent ou que l’écriture se fasse plus modeste, on y trouve par milliers des pages dont l’esthétique à elle seule suffit à vous inviter à les parcourir. Je suis resté sans voix devant ces modèles de minutie et de soin apportés à la transcription des leçons distillées par le maître. Ce qui frappe encore plus, c’est le jeune âge de ces enfant, contraste saisissant avec la maturité et la maîtrise de leur écriture…

Jean Jourdain, recevez mes félicitation pour cette œuvre d’Art qu’était votre cahiers à vos 12 ans…

Il m’arrive parfois de critiquer, en bon quinqua que je suis, nos jeunes pour le manque de soin qu’ils apportent le plus souvent à leurs créations, mais force est de constater que ce sont des notions qui avait un autre écho en 1950…

Vient le moment de quitter cette salle de classe et de revenir au moment présent. Une fois dehors, le sentiment est troublant, comme l’impression de tourner le dos à un passé qui ne demanderais qu’à être redécouvert, ou en tout cas, à ne pas être oublié.

Dehors, il reste une petite chose à tester. L’antique cloche de l’école, celle-là même qui devait retentir chaque matin pour signifier aux enfants que le cours commençait ou que c’était l’heure de la récréation. La chaîne est là, accrochée à un clou fiché dans le mur. J’ose décrocher les maillons de métal et tirer sur le lien de fer afin d’animer la cloche qui, comme sortie de son long sommeil, hésite un peu avant de livrer ses tintements joyeux alentours…

Sonne sonne la cloche de l’école !

Si vous passez par Chalette-sur-Loing, venez visiter ce musée d’école. C’est ouvert gratuitement au public 1 samedi par mois ! Tous les renseignements sur la page du site Internet.

Musée d’école Fernand-Bouttet

https://www.ville-chalette.fr/-Musee-ecole-Fernand-Boutet-.html

Cette publication a un commentaire

  1. Charlotte
    Charlotte

    Passionnant 😍

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