Coin Bien Parler

Empire ou emprise

Entendu sur une chaine d’info cette semaine :

 » l’individu était sous l’emprise de l’alcool »…

PAF, et voici comment une journaliste tombe dans le piège !

Ne confondez plus empire et emprise !

Dans notre belle langue, certains mots se croisent, s’effleurent et finissent par se confondre dans l’esprit des locuteurs. C’est le cas du duo empire et emprise. 

Si tous deux évoquent l’idée d’une domination ou d’une forte influence, ils n’appartiennent pas au même registre et ne décrivent pas la même réalité. L’un relève d’une autorité légitime ou d’une influence diffuse, tandis que l’autre décrit un piège psychologique ou matériel.

L’empire, c’est l’autorité, le prestige et l’ascendant. Le mot empire possède une double facette. Au sens propre, il désigne un régime politique ou un vaste territoire (l’Empire romain, le Premier Empire). Au sens figuré, il exprime une idée de souveraineté, d’autorité absolue ou d’ascendant moral que l’on exerce sur quelqu’un ou quelque chose. 

On dit ainsi : Avoir de l’empire sur soi-même (faire preuve de maîtrise de soi). Exercer un empire absolu sur ses sujets ou sur ses propres émotions. Agir sous l’empire de la colère ou de la boisson (être totalement dominé par un sentiment ou un état).

L’emprise, c’est la capture, le contrôle et la dépendance. Le terme emprise est beaucoup plus concret à l’origine, puisqu’il vient du vocabulaire de l’expropriation (l’emprise ferroviaire sur un terrain, par exemple). Au figuré, il a pris un sens psychologique très fort : il désigne l’ascendant intellectuel ou moral d’une personne sur une autre, mais avec une notion d’abus, de contrainte ou de manipulation. L’emprise brise la volonté de celui qui la subit. Elle implique une relation toxique, une domination psychologique subie et souvent inconsciente au départ. On dit ainsi : Se libérer de l’emprise d’un manipulateur. Être sous l’emprise d’un gourou.

Pour choisir le bon mot, il suffit d’analyser la nature de la domination.

D’un côté, l’empire désigne un ascendant général, une force intérieure ou un état de dépassement. On l’emploie par exemple pour dire qu’un individu a agi sous l’empire de la panique.

D’un autre côté, l’emprise fait référence à une domination psychologique, une manipulation ou un emprisonnement moral. On l’utilisera ainsi pour expliquer qu’une personne a enfin échappé à l’emprise de son ex-conjoint.

Le piège à éviter : On n’est pas sous « l’emprise » de l’alcool, mais sous « l’empire de l’alcool ». En revanche, on est sous « l’emprise d’un pervers narcissique », et non sous son empire.

A bientôt pour un nouveau CDBP !

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