Aleph Alpha : l’IA allemande qui a choisi la confiance plutôt que la démesure

Lorsque vous utilisez une IA, vous est-il déjà arrivé de vous demander : « Mais comment sait-elle tout ça ? ». On obtient un résultat, souvent bluffant, mais le processus reste une boîte noire. On fait confiance à l’IA, un peu à l’aveugle. C’est pratique au quotidien, mais imaginez maintenant que cette boîte noire doive prendre des décisions critiques pour une administration publique, un cabinet d’avocats ou un hôpital. La confiance aveugle n’est plus une option.

C’est précisément de ce constat qu’est née l’IA du jour.

Nous allons nous éloigner le temps de cet article des IA grand public pour nous intéresser à une IA pensée pour les administrations et les entreprises. Une IA avec un crédo un peu hors cadre. Et si une intelligence artificielle était conçue non pas pour être la plus grande ou la plus rapide, mais la plus transparente et la plus fiable ? C’est le pari fou d’Aleph Alpha, la pépite allemande qui veut construire une alternative européenne aux géants américains, en misant tout sur la souveraineté et l’explicabilité.

Dans cet article, nous allons ouvrir le capot de cette IA pas comme les autres. Nous découvrirons son histoire, nous plongerons dans son fonctionnement avec une analogie simple, nous la situerons dans son écosystème concurrentiel et nous verrons, à travers des cas d’usage concrets, comment elle change la donne dans les secteurs les plus exigeants. Accrochez-vous, on part à la découverte de l’IA qui vous dit pourquoi.

La carte d’identité d’Aleph Alpha

Voici les informations essentielles pour faire connaissance avec notre IA du jour, dans un format direct et concis.

  • Nom : Aleph Alpha
  • Créateur : Jonas Andrulis, un ancien manager senior en IA chez Apple, entouré d’une équipe issue des plus grands noms de la tech (SAP, Deloitte…).
  • Date de lancement : 2019
  • Type d’IA : Modèles de langage étendus (LLM) spécialisés pour les entreprises et les gouvernements, avec un fort accent sur l’IA générative et la souveraineté numérique.
  • Modèle de tarification : Sur mesure. Il s’agit d’une solution B2B et B2G (Business-to-Government), donc pas d’abonnement grand public, mais des licences et des intégrations personnalisées.
  • Langues supportées : Les 5 principales langues européennes sont confirmées, avec une performance particulièrement notable en allemand.
  • Plateformes : Déploiement via le Cloud, API, et intégrations logicielles directes, notamment sur des infrastructures souveraines.

En somme, Aleph Alpha ne joue pas dans la même cour que les IA grand public. Son positionnement est clair et tranche radicalement avec les géants américains : la cible, ce sont les organisations pour qui la sécurité, la conformité et la transparence des données ne sont pas des options, mais des obligations.

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Aleph Alpha vue par Gemini

Il était une fois… L’histoire de Aleph Alpha

Nous sommes en 2019, à Heidelberg en Allemagne. À cette époque l’IA mondiale parle quasi exclusivement américain. Les modèles comme GPT dominent la conversation et les imaginaires. C’est dans ce contexte qu’un homme, Jonas Andrulis, décide de ramer à contre-courant. Fort de son expérience chez Apple, il est convaincu d’une chose : l’Europe ne peut pas se permettre de déléguer sa souveraineté numérique à des acteurs étrangers, surtout sur une technologie aussi stratégique.

Le pari est audacieux : créer une IA fondée sur des principes européens. La transparence, la protection des données (vive le RGPD !) et l’explicabilité ne seront pas des fonctionnalités ajoutées après coup, mais le socle même de l’architecture. Le nom, « Aleph Alpha », évoque le commencement (Alpha) et l’infini des possibles (Aleph, un concept mathématique), un symbole parfait pour une ambition qui semble démesurée.

Les premières années, de 2020 à 2021, sont celles de la preuve du concept. L’équipe réussit à développer des modèles de langage performants, notamment en allemand, et sécurise une première levée de fonds de 23 millions d’euros. C’est un premier succès qui valide la pertinence de leur approche, mais la vraie déflagration arrive en 2023.

Cette année-là, Aleph Alpha réalise un tour de force financier et stratégique en levant plus de 500 millions de dollars. Mais plus que le montant, ce sont les noms des investisseurs qui marquent les esprits : le groupe Schwarz (Lidl), SAP, Bosch, ou encore Hewlett Packard Enterprise. Ce n’est plus seulement une startup, c’est un projet industriel soutenu par les fleurons de l’économie allemande. Cet argent propulse le développement du « Pharia Stack« , une plateforme logicielle conçue pour intégrer, contrôler et rendre transparents les LLM en entreprise.

Les années 2024 et 2025 sont celles de la consolidation. Aleph Alpha noue des partenariats stratégiques, notamment avec le parc d’innovation en IA (IPAI) de Heilbronn, pour s’ancrer durablement dans l’écosystème de recherche. L’entreprise s’impose comme le partenaire de confiance des administrations et des industries critiques européennes, celles qui voient dans la promesse de « souveraineté à tous les niveaux » une réponse à leurs craintes de dépendance vis-à-vis des GAFAM. L’épopée d’Aleph Alpha, c’est l’histoire d’une IA qui a su faire de ses contraintes (réglementaires, éthiques) sa plus grande force.

Comment ça marche ?

Expliquer le fonctionnement d’un LLM peut vite devenir un casse-tête (mais si vous avez lu tous les articles de la série, vous devez normalement commencer à avoir un sérieux bagage langagier pour vous permettre de soutenir une conversation sur le sujet en général et le fonctionnement des LLM en particulier). Alors, pour Aleph Alpha, oublions un instant le jargon et utilisons une analogie centrale : la voiture au capot de verre.

Niveau 1 – Vue d’ensemble : la voiture au capot de verre

Imaginez que la plupart des IA sur le marché sont des voitures ultra-performantes, au design léché, mais dont le capot est scellé. Vous appuyez sur l’accélérateur (vous posez une question), la voiture avance (elle vous donne une réponse). C’est rapide, efficace, mais vous n’avez aucune idée de ce qui se passe dans le moteur. Si la voiture fait un bruit étrange ou prend une direction inattendue, impossible de vérifier par vous-même. C’est le principe de la « boîte noire ».

Aleph Alpha, c’est une voiture conçue avec un capot de verre. Quand vous appuyez sur l’accélérateur, non seulement elle avance, mais vous pouvez voir en temps réel le moteur tourner, les pistons bouger, le carburant circuler.

Concrètement, que se passe-t-il quand vous utilisez Aleph Alpha ?

  1. Vous posez une question (par exemple : « Résume-moi les points clés de ce contrat de 50 pages et signale les clauses à risque »).
  2. L’IA ne se contente pas de vous donner une réponse. Elle vous la « prouve ». À côté du résumé, elle va surligner dans le document original les passages exacts qu’elle a utilisés pour formuler chaque point. Pour une clause jugée « à risque », elle vous montrera la phrase précise du contrat qui a déclenché son analyse.

Cette transparence est le cœur du réacteur d’Aleph Alpha. Elle répond à la question « Que fais-tu ? » mais aussi et surtout à la question « Pourquoi et comment le fais-tu ? ». C’est ce qu’on appelle l’explicabilité, et c’est ce qui change tout pour un usage professionnel.

Niveau 2 – Sous le capot (de verre, évidemment)

Maintenant, soulevons ce fameux capot pour regarder 2 ou 3 pièces maîtresses, toujours de manière simple.

  1. La souveraineté des données et de l’infrastructure : C’est le châssis de notre voiture. Pour beaucoup d’IA, vos données (vos questions, vos documents) font un long voyage vers des serveurs situés à l’étranger. Avec Aleph Alpha, l’approche est différente. L’IA peut être installée directement « à la maison », sur les serveurs privés d’une entreprise ou sur un cloud souverain européen. En clair, les données sensibles d’un ministère ou d’une banque ne quittent jamais un périmètre de confiance défini et contrôlé. Vos données restent VOS données.
  2. L’explicabilité (Explainability) : C’est le moteur visible. Au lieu d’être une boîte noire, l’architecture d’Aleph Alpha est conçue pour garder une trace de son « raisonnement ». Quand l’IA génère un texte, elle ne fait pas que prédire le mot suivant. Elle est capable de cartographier le chemin qu’elle a suivi et de remonter à ses sources, qu’il s’agisse d’un document que vous lui avez fourni ou d’une donnée issue de son entraînement. C’est cette traçabilité intégrée qui permet d’afficher les « preuves » à l’utilisateur et de se conformer à des réglementations comme le RGPD.
  3. Une architecture et des données « maison » : C’est le carburant et le type de moteur. Plutôt que de simplement copier les architectures américaines, Aleph Alpha a développé ses propres approches, comme les modèles de type HAT (Hierarchical Autoregressive Transformer), qui sont particulièrement efficaces sur les langues complexes comme l’allemand. De plus, l’IA est entraînée sur des corpus de données spécifiques, comme « Aleph Alpha German Web », qui incluent des données synthétiques (générées par IA) pour combler les manques et améliorer la pertinence des réponses dans un contexte européen. C’est comme utiliser un carburant spécialement raffiné pour son moteur, plutôt qu’un supercarburant générique.

Concurrence et positionnement : le spécialiste de la haute sécurité

Aleph Alpha n’est évidemment pas seule sur le marché de l’IA. Pour bien comprendre sa place, il faut voir l’écosystème comme une gamme d’outils différents.

  • OpenAI (GPT-4, etc.) : C’est le rouleau compresseur américain, le blockbuster grand public et entreprise. Sa force est sa performance brute et sa polyvalence, avec une avance considérable sur la langue anglaise.
  • Google (Gemini) : C’est le géant intégré. Sa puissance réside dans son intégration tentaculaire à l’écosystème Google (Cloud, Workspace…), ce qui en fait une solution de choix pour les entreprises déjà clientes.
  • Mistral AI : C’est le cousin français, le champion de l’open source. Mistral se distingue par ses modèles ouverts, plus légers et modifiables, ce qui séduit une communauté de développeurs et d’entreprises qui veulent garder la main sur la technologie.

Alors, où se situe Aleph Alpha dans cette arène de titans ? Il ne cherche pas à être le plus fort sur tous les tableaux. Il est le spécialiste, l’artisan de la haute sécurité. Sa différenciation est limpide : là où les autres vendent de la puissance ou de l’ouverture, Aleph Alpha vend de la confiance, de la conformité réglementaire (RGPD) et de la transparence. C’est la solution de choix pour les administrations publiques, les banques, le secteur de la santé ou le juridique, pour qui une fuite de données ou une décision opaque de l’IA est tout simplement inenvisageable.

Points forts et cas d’usage : l’IA au service des métiers critiques

Les choix stratégiques d’Aleph Alpha se traduisent par des avantages très concrets pour ses utilisateurs.

Points forts :

  • Une transparence à toute épreuve : L’explicabilité native est sa marque de fabrique et un avantage concurrentiel majeur.
  • Le champion de la conformité : Un respect scrupuleux des normes européennes (RGPD en tête), ce qui en fait un candidat idéal pour les marchés publics.
  • Performances linguistiques ciblées : Une très haute qualité sur l’allemand et les principales langues européennes.
  • Flexibilité du déploiement : La capacité unique de fonctionner sur des infrastructures souveraines ou privées, garantissant le contrôle total des données.

De nombreux grands modèles d’IA mettent en avant des fonctionnalités d’explicabilité, avec des modes “deep research” ou la visualisation du raisonnement. Dans ce contexte, quelles différences concrètes distinguent l’approche d’Aleph Alpha en matière d’explicabilité par rapport aux autres IA du marché ?

Aleph Alpha et l’explicabilité : Différence réelle ou effet d’annonce ?

La plupart des grands modèles de langage (LLM) comme ChatGPT (OpenAI), Gemini (Google), Claude (Anthropic) ou Mistral vantent aujourd’hui une certaine capacité à expliquer leurs réponses ou à montrer la trace de leur raisonnement, souvent via des modes avancés (“deep research”, “chain-of-thought”, explications sources à l’appui). Cette tendance répond à une demande d’explicabilité, d’autant plus forte pour des usages professionnels ou réglementés.

Mais alors, en quoi Aleph Alpha se distingue-t-elle réellement ? Plusieurs éléments factuels la différencient dans l’implémentation technique et la philosophie de la transparence :

1. L’explicabilité intégrée “by design”, pas juste en option

  • Traçabilité native dans la chaîne de traitement : Aleph Alpha ne se limite pas à générer une explication post-hoc de la réponse (comme un raisonnement a posteriori ou la mise en avant de sources web). La structure même du modèle et de l’API expose, pour chaque segment de la réponse, les passages du document source qui l’ont influencée, grâce à une technologie propriétaire d’attention manipulable (AtMan) développée spécialement pour cet usage.
  • Mode “Explain” intégré : Dans les applications concrètes (ex : assistant administratif « Lumi » à Heidelberg), chaque réponse produite par l’IA est accompagnée d’une explication chiffrée et d’un lien direct vers le contenu précis ayant servi de base à l’énoncé, ce qui va nettement plus loin que la simple citation de sources ou le résumé d’un raisonnement.
  • Explicabilité systématique même pour des tâches complexes : Contrairement à de nombreux LLM où l’explicabilité reste facultative voire marketing, chez Aleph Alpha, elle est appelée par API ou intégrée de facto pour chaque résultat, répondant à des exigences documentaires et réglementaires des secteurs critiques (droit, banque, santé).

2. Contrôle total sur la chaîne technique et le pipeline

  • Pas de boîte noire “cloud-only” : Les solutions d’Aleph Alpha sont conçues pour être déployées sur des infrastructures souveraines, parfois même sur site, ce qui permet un contrôle complet sur le modèle, ses données d’entraînement, mais aussi sur les modules d’audit et d’explicabilité.
  • Auditable et modulable : Toute l’architecture (Pharia Stack) est construite pour permettre l’audit externe du raisonnement de l’IA et le contrôle des réponses à l’échelle “entreprise” ou administrative, avec des logs traçables et des modules adaptables au contexte sectoriel.

3. Approche technique innovante : architectures et outils spécifiques

  • Architecture sans tokenisation classique : Aleph Alpha investit dans des modèles “tokenizer free”, qui facilitent l’apprentissage direct de structures linguistiques et sectorielles et permettent une meilleure mise en correspondance des entrées/sorties pour l’explication des décisions. Cette approche réduit les artefacts et pertes d’information introduites par la segmentation classique, offrant une transparence accrue sur chaque élément du texte traité.
  • Solutions multimodales avec explicabilité : Aleph Alpha avance aussi sur la compréhension et l’explication croisée texte-image, dans la lignée de leurs modèles “MAGMA” (2022-2023), permettant de montrer exactement comment chaque partie d’une image ou d’un texte influence la décision du modèle (utile pour la santé, la justice, les documents administratifs complexes).

4. Positionnement sectoriel et conformité : plus qu’une tendance générale

  • Ségrégation stricte des données et conformité RGPD : Aleph Alpha ne cherche pas à concurrencer OpenAI sur le marché grand public. Elle vise d’abord les marchés “critiques” qui exigent une explicabilité formelle pour être soit légalement auditables, soit opérationnellement contrôlables (administrations, banques, santé, justice, défense).
  • Différenciateur clé sur la souveraineté : La capacité à certifier “d’où vient l’information”, à gérer les logs, à documenter l’ensemble du pipeline jusqu’aux modules explicatifs, est une exigence des marchés publics européens. C’est ici que la solution dépasse l’approche “cosmétique” de l’explicabilité souvent rencontrée chez les géants américains.

5. Limites des modèles concurrents sur ce point

  • Explications souvent “reconstituées” : Beaucoup de LLM proposent des modes “deep research” ou “chain-of-thought” qui consistent à verbaliser ou raffiner un raisonnement à la demande, mais qui ne sont pas toujours vérifiables, ni traçables source à source, ni systématiquement auditables à une échelle industrielle.
  • Manque d’intégration dans la chaîne de décision métier : Chez certains concurrents, l’explicabilité s’arrête à la justification textuelle “contextuelle” sans ouverture sur les couches profondes de l’algorithme, alors qu’Aleph Alpha vise une ouverture complète jusqu’à la couche des motifs d’attention et des données d’entrée réelles.

6. Cas d’usage concrets

Modèle

Explicabilité technique

Auditabilité
source à source

Intégration réglementaire

Marché visé

Aleph Alpha

Native & intégrale

Oui

RGPD/secteurs critiques

B2G/B2B

GPT-4 / Deep Research

Contextuelle/a posteriori

Partielle,
peu vérifiable

Limitée (hors USA)

Grand public / pros

Claude

Explicabilité par “Constitutional AI”

Partielle (chaîne raisonnement)

Vise sécurité / éthique, non RGPD natif

Entreprises
globales

Mistral, Gemini

Similaire à GPT,
dépend du produit

Variable

Non orienté audit réglementaire

Développeurs / entreprises

7. Limites et critiques

Même si l’approche Aleph Alpha sur l’explicabilité est jugée en avance côté souveraineté et réglementation européenne, elle ne garantit pas toujours l’excellence sur tous les plans : ses performances “générales” sont souvent inférieures à celles des tout derniers modèles LLM anglo-saxons sur des benchmarks généralistes ou multilingues7. Par ailleurs, certains analystes soulignent que la promesse de transparence dépend encore de l’auditabilité réelle du code en production et de l’ouverture effective des modèles à la communauté.

À retenir :

  • Ce qui distingue fondamentalement Aleph Alpha :
    • L’intégration “by design” d’une explicabilité source à source, vérifiable, adaptée aux exigences réglementaires européennes, avec outils d’audit et de contrôle métier en natif.
    • Une architecture logicielle et technique optimisée pour la transparence et l’accessibilité des traces de décision, loin de la simple explication générée à postériori.
    • Une orientation stratégique vers les secteurs où l’explicabilité ne peut pas être facultative mais doit être prouvée, industrialisée et certifiée.
  • À l’inverse, de nombreux concurrents proposent surtout l’explicabilité comme option, relevant parfois plus du marketing que de la base technique ou opérationnelle.

Note : cette avance sur l’explicabilité peut s’accompagner de certaines limites en performance brute ou en couverture linguistique mondiale. L’avantage reste pour l’instant centré sur le respect de la souveraineté, la conformité réglementaire et l’intégration métier.

Cas d’usage concrets

Voici comment ces points forts se matérialisent dans des scénarios réels.

1. Analyser un appel d’offres pour une administration (Niveau : Débutant)

  • Contexte : Une mairie reçoit un appel d’offres européen de 200 pages, rédigé en plusieurs langues. Le temps presse.
  • Pas-à-pas :
    1. L’agent télécharge le document dans l’interface Pharia d’Aleph Alpha.
    2. Il demande en langage naturel : « Résume les exigences techniques clés, le budget alloué et les dates butoirs. Identifie les critères de conformité auxquels nous devons être les plus attentifs. »
    3. L’IA génère une synthèse claire. Pour chaque critère de conformité identifié, elle affiche à côté la citation exacte et la page du document source. L’agent peut vérifier l’information en un clic.
  • Prérequis : Accès à la plateforme Aleph Alpha.

2. Créer une base de connaissances techniques pour l’industrie (Niveau : Intermédiaire)

  • Contexte : Un constructeur automobile possède des milliers de manuels de maintenance pour ses machines. Un ingénieur a besoin d’une information très précise sur une procédure de réparation.
  • Pas-à-pas :
    1. L’entreprise connecte sa base de données documentaire interne à une instance d’Aleph Alpha déployée sur son cloud privé.
    2. L’ingénieur peut poser une question complexe comme : « Quelle est la procédure exacte pour remplacer le capteur X sur la machine Y, et quelles sont les précautions de sécurité à prendre ? »
    3. Aleph Alpha ne se contente pas de répondre : il cite le manuel de référence exact, le numéro de chapitre et de page, garantissant la fiabilité de la procédure.
  • Prérequis : Intégration d’Aleph Alpha à la base de données de l’entreprise.

3. Assister la recherche juridique en toute confidentialité (Niveau : Avancé)

  • Contexte : Un cabinet d’avocats spécialisé en conformité RGPD doit analyser des dizaines de contrats de ses clients pour détecter des risques. La confidentialité est absolue.
  • Pas-à-pas :
    1. Aleph Alpha est déployé sur l’infrastructure souveraine du cabinet. Aucune donnée ne sort.
    2. Les avocats chargent les contrats. Ils utilisent un prompt comme : « Analyse ce contrat et extrais toutes les clauses relatives au traitement des données personnelles. Évalue leur conformité avec l’article 32 du RGPD et justifie ton évaluation. »
    3. L’IA fournit une analyse détaillée, en liant chaque point de son argumentation à une clause spécifique du contrat et à un article précis du RGPD, offrant une traçabilité totale pour un audit.
  • Prérequis : Déploiement sur une infrastructure dédiée, expertise en formulation de prompts juridiques.

Limites, risques et points faibles

Aucun outil n’est parfait, et une analyse honnête doit aussi se pencher sur les faiblesses. Aleph Alpha, malgré ses forces indéniables, a aussi ses limites.

  • Pas pour tout le monde : C’est sa plus grande force et sa plus grande faiblesse. Si vous êtes un particulier, un étudiant ou une petite entreprise sans besoins critiques de souveraineté, Aleph Alpha n’est tout simplement pas fait pour vous. Il n’y a pas d’interface ou de produit grand public.
  • Un certain retard sur l’anglais : En se concentrant sur les langues européennes, Aleph Alpha est mécaniquement moins performant sur la couverture internationale et la langue anglaise que ses concurrents américains qui ont entraîné leurs modèles sur des volumes de données bien plus massifs.
  • Moins de ressources que les GAFAM : Malgré sa levée de fonds spectaculaire, ses ressources en R&D restent sans commune mesure avec les milliards investis par Google, Microsoft ou OpenAI. Cela peut se traduire par un rythme d’innovation plus lent sur les fonctionnalités généralistes.
  • Le risque de la dépendance « amicale » : Son financement est un atout, mais il repose fortement sur un écosystème industriel et philanthropique allemand (comme la Fondation Dieter Schwarz). Cela soulève la question d’une possible dépendance stratégique, même si elle est européenne. C’est un « champion national » qui doit encore prouver qu’il peut devenir un champion continental totalement indépendant.

Conclusion : plus qu’une IA, un manifeste politique

Au terme de cette exploration, il est clair qu’Aleph Alpha est bien plus qu’une simple startup technologique. C’est une réponse, un manifeste. Dans la course effrénée à la puissance des modèles de langage, Aleph Alpha propose une voie alternative : celle de la confiance, de la maîtrise et de la conformité. Elle ne gagnera peut-être jamais la course du 100 mètres contre les sprinteurs américains, mais elle est en train de s’imposer comme la championne du marathon de la confiance pour les secteurs critiques.

Elle nous rappelle qu’en matière d’IA, la question n’est pas seulement « Que peut-elle faire ? », mais aussi « Comment le fait-elle et sous le contrôle de qui ? ». C’est un outil puissant, certes, mais surtout une brique essentielle pour la construction d’une souveraineté numérique européenne.

La véritable question que pose Aleph Alpha est donc la suivante : la confiance et la transparence deviendront-elles le critère principal pour choisir une IA dans les secteurs critiques, au-delà de la simple performance brute ?

Quel est votre avis ?

  • Pour ceux qui travaillent dans des secteurs réglementés (santé, droit, finance, secteur public), quels sont les plus grands freins à l’adoption de l’IA que vous rencontrez ? Une solution comme Aleph Alpha pourrait-elle y répondre ? Partagez votre expérience en commentaire !
  • Petit défi du jour : Imaginez un processus dans votre entreprise qui repose sur des documents complexes (contrats, normes, rapports). Décrivez en quelques lignes dans les commentaires le prompt que vous utiliseriez avec une IA explicable comme Aleph Alpha pour en extraire la substantifique moelle.

Pour approfondir le sujet Aleph Alpha :


Timeline des dates clés

  • 2019 : Fondation d’Aleph Alpha à Heidelberg, Allemagne, par Jonas Andrulis avec la vision d’une IA souveraine et transparente.
  • 2020-2021 : Premiers succès dans la modélisation des langues européennes et une première levée de fonds de 23 millions d’euros.
  • 2023 : Année charnière avec une levée de fonds de plus de 500 millions de dollars menée par des géants industriels allemands (Schwarz, SAP, Bosch).
  • 2024 : Coopération stratégique avec le centre de recherche « Innovation Park AI » (IPAI) pour renforcer l’ancrage dans la recherche appliquée.
  • 2025 : Les outils de la « Pharia Stack » sont reconnus pour leur transparence et leur forte adoption dans les administrations et industries critiques européennes.

Vous pouvez retrouver tous les termes techniques de cet article dans le glossaire disponible ici.

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