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Malin, maline ou maligne ?

Voici un bel exemple de fausse croyance, en tous cas me concernant. Un jour, Marie D., 16 ans, prononce cette phrase devant moi : « elle est bien maligne cette fille là  !» Et moi, gonflé de ma fausse croyance de la reprendre immédiatement : « Non, non, on ne dit pas maligne, mais maline. Maligne, c’est péjoratif, pour les maladies ou les tumeurs ! » ; ce n’est pas faux, mais ce n’est pas complètement exact…

Nous sommes ici face à l’une des multiples exceptions qui émaillent notre jolie langue française. En effet, de façon générale, les adjectifs terminés par -in voient leur féminin se terminer par -ine (ex. : enfantin, enfantine) sauf …  bénin et malin.

Comme souvent, c’est dans l’origine latine que la réponse se trouve. Malin vient de la racine latine malignus, comme bénin de benignus. Malignus signifie « méchant, perfide, de nature mauvaise » et dérive directement de malus qui signifie le mal. Ainsi pendant très longtemps, le mot Malin (avec une capitale) a désigné ni plus ni moins que le Diable en personne !

Plus amusant, en ancien français, le mot maligne était utilisé pour les deux genres (féminin et masculin) et ce n’est qu’au XVe siècle que le masculin malin a été créé pour coller aux autres adjectif en -in -ine. Par déclinaison, un nouveau féminin est apparu, maline, mais était réservé à l’oral ou à certains patois régionaux.

Il n’est pas rare dans notre langue que certains mots deviennent polysémiques avec le temps (avoir plusieurs sens) et parfois, le deuxième sens passe avant le premier. Ainsi, si malin au départ désignait la méchanceté, la ruse et la perfidie, il a peu à peu désigné des personnes astucieuses ou futées, et c’est ce sens à l’oral qui prédomine aujourd’hui. Ce changement de signification profite à certains ! Prenez l’expression malin comme un singe. À l’origine, cette simple phrase désignait l’aspect diabolique de ces animaux, alors que de nos jours c’est presque un compliment !

Alors ! Finalement, on écrit maline ou maligne ?

Le Trésor de la langue française indique que maline est d’un usage vulgaire ou très régional.

Si maline est toléré à l’oral et bien intégré dans le langage courant, il est à noté que c’est bien maligne qu’il faudra utiliser à l’écrit ou lors d’un oral soutenu. Le Robert, le Larousse et l’Académie française sont formels à ce sujet. 

On apprend d’ailleurs dans les pages de l’Académie Française et dans le Dictionnaire Historique de la Langue Française que maline est correct mais dans un langage maritime et que ce mot, souvent utilisé au pluriel, nomme de grandes marées d’équinoxe !

Alors, sortez-vous plus malin / maligne après la lecture de ce billet ?

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