Coin Bien Parler

Trier sur le volet

Ne vous trompez plus de volet !

Aujourd’hui, je vous invite à nous pencher sur une expression que nous employons tous pour désigner l’excellence, mais dont l’origine est trop souvent victime d’un malentendu tenace.

Contexte d’usage

Imaginez la scène : vous recrutez une équipe de choc ou vous organisez le mariage de l’année. Avec une pointe de fierté, vous confiez à un ami : « Pour cet événement, j’ai trié mes invités sur le volet ! »

L’image qui nous vient alors à l’esprit est celle d’un choix rigoureux, d’une sélection faite à la main. Mais si l’on gratte un peu le vernis de l’évidence… à quel « volet » faisons-nous référence ? Beaucoup s’imaginent encore des marchands décrochant leurs lourds battants de fenêtres pour en faire des étals de marché. C’est une erreur, une de ces légendes urbaines langagières !

Révélation

Le volet de notre expression n’a strictement rien à voir avec la menuiserie de vos façades ! L’idée selon laquelle on utiliserait des volets de bois comme tables de tri est une étymologie populaire séduisante, mais totalement fausse.

Définition linguistique

Trier sur le volet signifie sélectionner avec une minutie extrême, en examinant chaque élément un par un pour ne conserver que la quintessence d’un ensemble. C’est l’action de séparer le grain de la paille, le parfait de l’imparfait, le bon grain de l’ivraie.

Analyse étymologique : le geste de l’artisan

Pour comprendre la véritable origine, il faut remonter au Moyen Âge. Le mot volet dérive du verbe voler (au sens de se mouvoir dans l’air). À l’époque, il désignait un objet léger, souvent un petit plateau de bois mince ou, plus précisément, un tamis de toile fine.

Le « volet », c’était cet instrument de cuisine ou d’agriculture sur lequel on étalait les graines (fèves, pois, lentilles). Parce que le support était blanc ou très clair, on y voyait parfaitement les impuretés. On triait sur le volet : on brassait les graines à la main pour écarter les petits cailloux, les grains gâtés ou les brins de paille.

C’était une tâche de patience infinie, de « vannerie » domestique, où l’on ne gardait que ce qui était digne d’être semé ou cuisiné. C’est la légèreté de ce plateau et la finesse de ce geste qui ont donné son nom à l’expression et non la lourdeur d’un panneau de chêne !

Exemples d’utilisation

  • « Ce grand restaurant ne travaille qu’avec des producteurs locaux triés sur le volet. »
  • « Pour cette mission diplomatique, le ministère a sélectionné des experts triés sur le volet. »

Conclusion

Préférer la vérité historique à l’image facile, c’est aussi cela, « bien parler ». En vous souvenant du petit plateau de toile des anciens, vous redonnez à cette expression toute sa dimension de patience et de soin.

Alors, qui parmi vous connaissait l’origine exacte de cette expression ?

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