Le blob : l’extraterrestre de votre jardin qui défie la science

La réponse à la devinette du mois de décembre 2025 méritait un vrai article pour présenter cette curiosité biologique. Le Blob est « connu » depuis longtemps, (j’en parle même dans mon Grimoire) mais si vous ne faites pas partie des gens qui savent de quoi je vais parler, alors préparez vous à être étonné.

Crédit image pour cette bannière : Google Nano Banana


Posons le décor. Vous vous promenez en forêt, l’air est humide, ça sent l’humus. Au pied d’une vieille souche, vous apercevez une sorte de tache jaune vif, un peu gluante, qui ressemble étrangement à une omelette qu’on aurait oublié de faire cuire.

Votre premier réflexe ? Passer votre chemin en grimaçant. Et pourtant, vous venez peut-être de croiser la créature la plus fascinante de la biologie moderne.

Je veux vous parler du Physarum polycephalum, plus affectueusement surnommé « le Blob » (en hommage au film d’horreur de 1958, rien que ça). Mais rassurez-vous, celui-ci ne va pas vous dévorer. Par contre, il risque fort de bousculer tout ce que vous pensiez savoir sur l’intelligence. Et à notre époque où tout le monde parle de l’intelligence artificielle, c’est à une toute autre forme d’intelligence que je vous propose de vous intéresser cette fois.

Le blob affiche conceptuuelle kitcreanet
Une affiche du film de 1958 revisitée – Image IA

Ni animal, ni végétal… mais qu’est-ce que c’est ?

C’est là que ça devient amusant. Le blob est un casse-tête pour les biologistes. Ce n’est pas un animal. Ce n’est pas une plante. Ce n’est pas non plus un champignon (même s’il adore les coins sombres et humides).

C’est un myxomycète. Pour vulgariser, imaginez une seule et unique cellule géante, capable de s’étendre sur plusieurs mètres carrés. Oui, vous avez bien lu : une seule cellule avec des milliers, voire des millions de noyaux à l’intérieur. C’est un peu comme une immense colocation biologique où tout le monde partage le même salon sans aucune cloison.

Un génie sans cerveau

C’est ici que je trouve le sujet vertigineux. Le blob n’a ni cerveau, ni système nerveux, ni yeux, ni bouche. Et pourtant :

  • Il apprend : Si vous mettez du sel (qu’il déteste) sur son chemin vers la nourriture, il va d’abord hésiter, puis comprendre que c’est inoffensif et traverser.
  • Il a de la mémoire : Mieux, si un blob « instruit » fusionne avec un blob « naïf », il transmet son savoir. C’est littéralement du téléchargement de compétences en USB biologique.
  • C’est un urbaniste hors pair : Des chercheurs japonais ont reproduit la carte de Tokyo avec des flocons d’avoine (son péché mignon) représentant les villes. Le blob a relié les points en recréant le réseau ferroviaire tokyoïte, optimisé à la perfection, en quelques heures. Là où des ingénieurs ont mis des années.

Vous vous demandez peut-être comment c’est possible ? Imaginez le blob comme un réseau de tuyaux flexible. Il fait circuler son sang (le cytoplasme) en suivant un rythme de va-et-vient. Quand il trouve une ressource intéressante, le flux se renforce dans cette direction ; quand c’est une impasse, le tuyau s’atrophie. C’est de l’optimisation pure, brute et efficace.

Ses super-pouvoirs (qui nous rendent jaloux)

Au-delà de son « intelligence », le blob possède des caractéristiques qui défient notre logique humaine :

  • L’immortalité (ou presque) : Si vous le découpez en morceaux, chaque morceau cicatrise et redevient un blob entier en quelques minutes. Si les conditions sont mauvaises, il sèche et se met en dormance pendant des années (la sclérote), attendant des jours meilleurs pour se réveiller. Un peu comme si vous pouviez hiberner en attendant la fin d’une crise économique.
  • 720 sexes : Oubliez la binarité mâle/femelle. Chez le blob, la reproduction est un vaste champ des possibles, ce qui maximise ses chances de survie génétique.

Ce qu’il faut retenir

Pourquoi je vous parle de ça aujourd’hui ? Parce que le blob nous donne une leçon d’humilité.

  1. L’intelligence est plurielle : Pas besoin de neurones pour résoudre des problèmes complexes. La nature trouve toujours un chemin.
  2. La force du réseau : Le blob ne centralise pas l’information, il la distribue. C’est une belle métaphore pour nos organisations humaines : parfois, un système décentralisé et collaboratif est bien plus résilient qu’une tête pensante isolée.
  3. La curiosité avant tout : Cette créature vit dans nos sous-bois depuis des millions d’années, mais nous commençons à peine à la comprendre grâce à des passionnés comme Audrey Dussutour au CNRS.

Alors, la prochaine fois que vous verrez une chose jaune et bizarre en forêt, ne la méprisez pas. Saluez-la. C’est peut-être elle qui inspirera nos futurs réseaux Internet ou nos traitements médicaux.

Et vous, si vous pouviez « fusionner » avec un collègue pour récupérer instantanément ses compétences, vous choisiriez qui ? (Avouez, l’idée est tentante…).

Le cadeau malin !

Je vous offre cette infographie réalisée à l’aide de mon meilleur ami numérique : NoteBookLM. Téléchargez-là, partagez-là, offrez-là à vos enfants !

Blob vignette
Infographie à télécharger – Créée avec NotebookLM

Pour en savoir plus :

Il existe de nombreuses ressources pédagogiques en français sur le blob, allant de fiches pour l’école primaire jusqu’aux activités de lycée et de médiation scientifique.

Dossiers et fiches pour la classe

  • La Fondation La main à la pâte propose un projet de classe complet autour du blob en CE2 (réveil du blob, protocoles expérimentaux simples, observations, questions d’élèves), sous forme de PDF détaillé.
  • Le site de l’académie de Toulouse publie une séquence « L’apprentissage (ou habituation) du blob » pour le lycée (première/terminale), avec objectifs pédagogiques, organisation des séances, consignes, exploitation de données expérimentales d’Audrey Dussutour et critères d’évaluation.​
  • Un document pédagogique « Mission ALPHA au Plantaurel » décrit une progression cycle 3 autour de la culture du blob en parallèle de l’expérience de Thomas Pesquet dans l’ISS, avec protocoles, supports élèves et liens vidéo.​

Projets scolaires structurés (primaire, collège, lycée)

  • Le CNES et le CNRS ont développé le projet éducatif « Élève ton blob » dans le cadre de la mission Alpha : sélection d’écoles, fourniture de kits avec blobs, protocoles d’expérimentation et pistes de prolongements interdisciplinaires.cnrs
  • Des établissements comme le lycée Léon Gontran Damas (académie de Guyane) décrivent en ligne leurs expérimentations avec Physarum polycephalum dans le cadre du projet « Élève ton blob » : expériences de déplacement, optimisation des trajets, adaptation à l’environnement, etc.lgt-leon-gontran-damas.eta.ac-guyane
  • Un autre dossier « Élève ton blob : l’expérience éducative de la mission Alpha » (académie de Poitiers) détaille le cycle de vie du blob, sa locomotion, la notion d’habituation et des protocoles d’apprentissages transmissibles entre blobs.​

Ressources de médiation scientifique pour contextualiser

Programmes et séjours pédagogiques autour du blob

  • L’association Instant Science a monté un programme pédagogique « Instant blob » comprenant différentes activités théoriques et pratiques (expériences, classe de découvertes, parcours complet), conçu pour les jeunes publics.​

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