Cordialement
Faut-il bannir « Cordialement » de vos mails ?
Ah, l’éternelle angoisse de la formule de politesse… Vous venez de passer vingt minutes à ciseler un e-mail parfait. Le ton est juste, l’information est claire, la pièce jointe est bien là. Et puis, au moment de conclure, le doute s’installe.
Que mettre comme formule de politesse à la fin ? Dans le doute, et le plus souvent par facilité, on utilise un mot simple, unique, usuel : Cordialement.
C’est le couteau suisse de la formule de politesse. Ni trop froid, ni trop familier, il passe partout. On l’utilise pour son patron, son client, son fournisseur, et même pour ce lointain cousin qui demande l’adresse de la grand-tante. Mais à force de le voir partout, je me suis posé une question : ce « Cordialement », si pratique soit-il, est-il vraiment à sa place dans un contexte professionnel ? Et si, sans le savoir, on commettait tous les jours une petite erreur de politesse ?
Un peu d’étymologie
Pour y voir plus clair, rien de tel qu’un petit voyage dans le temps. Le mot « cordialement » vient, comme vous vous en doutez, de l’adjectif « cordial ». Et « cordial », lui, nous vient tout droit du latin cor, cordis, qui signifie… le cœur.
Eh oui ! « Cordialement » veut littéralement dire « d’une manière qui vient du cœur ». C’est un adverbe qui exprime la chaleur, la sincérité, l’affection. Quand vous écrivez « cordialement », vous êtes censé parler avec votre cœur.
Vous commencez à voir le problème ? Envoyer une facture de relance « avec le cœur » à un client, ou demander « chaleureusement » un rapport à un collaborateur, ça sonne un peu… décalé, non ? Votre comptable n’a que faire de vos états d’âme cardiaques, il veut juste que les chiffres soient bons.
Alors, comment le cœur a-t-il atterri dans nos boîtes mail ?
Si « cordialement » s’est imposé, c’est qu’il est venu combler un vide. Avant le mail, il y avait la lettre, avec ses codes bien stricts et ses formules à rallonge du type : « Je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes salutations distinguées. »
Avec l’arrivée du mail, la communication est devenue plus rapide, plus directe. Ces formules ampoulées semblaient soudainement ridicules. Il fallait trouver un juste milieu : quelque chose de plus formel que « Salut » ou « Bises », mais de moins guindé que les formules épistolaires traditionnelles.
« Cordialement » est alors apparu comme le candidat idéal. Problème : il est devenu une victime de son succès. À force d’être utilisé comme une formule par défaut, il a été vidé de sa substance. Il a perdu son cœur en cours de route, pour devenir un automatisme poli, mais souvent vide de sens.
Le saviez-vous ? Le cœur, cet organe de la mémoire (si si)
L’expression « apprendre par cœur » nous vient de la même racine latine. Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, on considérait le cœur non seulement comme le siège des émotions, mais aussi comme celui de l’intelligence et de la mémoire. Apprendre quelque chose « par cœur », c’était donc l’inscrire au plus profond de son être, de sa conscience. De la même manière, parler « cordialement », c’était parler avec la plus grande sincérité, en engageant tout son être. Une nuance que notre usage moderne a quelque peu oubliée !
Le verdict : faute ou pas faute ?
Soyons clairs : utiliser « Cordialement » n’est pas une faute de français. L’usage a consacré son statut de formule de politesse neutre et passe-partout. Personne ne vous en tiendra rigueur.
Cependant, ce n’est pas parce que ce n’est pas une faute que c’est le meilleur choix. Utiliser « Cordialement » à tout-va, c’est un peu comme mettre du ketchup sur tous les plats : ça passe, mais ça masque le goût et ça dénote un certain manque d’imagination.
Dans un monde où l’on reçoit des dizaines, voire des centaines de mails par jour, prendre une seconde pour choisir une formule de politesse adaptée est une marque de respect et d’attention envers votre interlocuteur. C’est un détail, mais c’est le genre de détail qui fait la différence.
Par quoi remplacer notre bon vieux « Cordialement » ?
Heureusement, la langue française est riche et nous offre une palette de nuances bien plus large. Voici quelques alternatives, à adapter selon le contexte et votre relation avec le destinataire :
- Le classique indémodable : « Sincères salutations » ou « Salutations distinguées ». C’est formel, respectueux, et parfait pour un premier contact ou une communication avec une personne haut placée dans la hiérarchie.
- Le collaboratif chic : « Bien à vous ». C’est aujourd’hui l’alternative la plus élégante et la plus courante à « Cordialement ». Elle est à la fois professionnelle et légèrement plus chaleureuse. On peut la décliner en « Bien à toi » si l’on tutoie son interlocuteur.
- Le contextuel et efficace : Si votre mail appelle une action, vous pouvez conclure avec des formules comme « Dans l’attente de votre retour », « Avec mes remerciements », ou « Je reste à votre disposition pour toute information complémentaire ».
- Le plus personnel (à réserver) : « Amicalement » ou « Chaleureusement » peuvent être utilisés si vous avez une relation plus établie et amicale avec la personne. Mais attention, on retombe dans le registre du cœur !
En conclusion, si « Cordialement » ne doit pas être banni de l’enfer des mails, il mérite d’être mis au repos. Le choisir par défaut, c’est renoncer à une occasion simple de montrer que vous n’écrivez pas à un robot, mais à un être humain.
Alors, la prochaine fois que vous finirez un mail, prenez ce petit temps de réflexion. Votre interlocuteur ne le remarquera peut-être pas consciemment, mais il ressentira cette petite attention qui change tout.
Mettez-y un peu du vôtre, mais peut-être pas tout votre cœur ! (ah ah, je sais, c’était facile …)

Et Toc ! Noël m’a touché en plein cœur !
Amicalement. Luc
Avec toute ma cordialité donc, cher Luc ! 😉
maintenant, j’utilise « courtoisement » qui fonctionne bien
Bonjour Nelly !
Excellent ! Effectivement, ça passe plutôt bien ce « Courtoisement » !
Merci de votre commentaire !